vendredi 13 septembre 2013

Grand jour, inauguration 12 septembre 2013 à 15 h 30.




Texte que j'ai lu lors de l’inauguration de l’Étreinte

Ma démarche en art public 
Dès que je suis en concours d’art public, je commence par faire une recherche sur les lieux, l’histoire et surtout je pense aux gens qui vont côtoyer l’œuvre quotidiennement.  Je ne cherche pas l’effet spectaculaire ou la provocation. Je me soucie davantage de l’intégration harmonieuse à l’architecture, à l’environnement et à la vie des gens. Je me fais un devoir de donner un sens et de transmettre des clés de compréhension accessible à tous.

Comme disait Paul Klee : ‘’ l’art ne reproduit pas le visible, il rend visible ‘’.  Pour ma part, je tente de révéler plusieurs aspects d’un lieu - y faire écho. Je fais donc une recherche d’images significatives selon le contexte une recherche de repères identitaires pour les gens. Comme un miroir intérieur, je fais des œuvres publiques qui tentent de faire vivre l’expérience sensible du présent et une expérience de l’être. Dans ce cas-ci  Etre le boisé toussaint-Louverture.

La recherche sur le terrain
Ce projet d’art public aux HJM m’a interpellé puisqu’il rejoignait en tout point ma démarche artistique. Le bureau d’art public avait prévu une semaine de résidence, ici, aux HJM pour les finalistes du concours.  L’aspect recherche s’est donc passé sur le terrain.

J’ai pris part aux activités: mosaïque; séance de taïchi matinal ; jardin communautaire…
-       J’ai quitté le jardin communautaire avec des épinards rouges et quelques recettes du Bangladi.
-       Dans le Boisé, des québécois qui habitent la tour m’ont raconté l’histoire de la fameuse chouette qui est venue s’installer dans les arbres, un épisode mémorable dessiné, photographié et aujourd’hui élément de la sculpture ! 

J’ai interrogé les résidents sur ce que représentaient – Le boisé Toussaint-Louverture pour eux et ce qu’il souhaitait pour l’œuvre à venir.

Les moins bons aspects :
-       un endroit sombre, qui fait peur ou se tiennent des gens indésirables le soir
-       un endroit ou les enfants ne vont pas ou y passent en courant
-       un parc ou se tiennent seulement les gens plus âgées qui habitent les Tours d'habitation
-        
Les bons aspects :
-       un endroit calme
-       une oasis de fraicheur
-       un ilot de verdure avec des arbres magnifiques

Umé, une jeune Bangladesh que je remercie pour ces bons mots m’a dit: Les enfants ne vont pas de l’autre côté de la rue…  ‘’Ça prend un pont inter générationnel !’’
J’avais là les bases pour développer un projet et des idées pleins la tête. 

Il fallait mettre en valeur la richesse des lieux :
-       ce boisé et ces arbres majestueux ;
-       la richesse de la diversité culturelle ;
-       un lieu invitant pour les gens de tout âge ;
-       un besoin de se reconnaitre comme citoyen du Québec ;

-       Et finalement, faire traverser les gens les jeunes comme les moins jeunes d’un côté à l’autre de la rue…

La réalisation du projet 
Mon projet d’art public L’Étreinte a été retenu. C’est un magnifique voyage multiculturel au cœur de Montréal qui a débuté avec une première rencontre en décembre 2011.  On m’a offert un logement durant toute la durée du projet. À cet effet, je remercie la Corporation des Habitations Jeanne-Mance (particulièrement Lucie Côté, Danielle Juteau) et les différents organismes communautaires qui se sont montrés en tout temps disponibles et généreux.

La réalisation de l’œuvre d’art l’Étreinte résulte de rencontres auprès de gens qui ont collaboré au processus créatif.  :

- par l’écriture de souhaits offerts aux générations futures inscrit sur les pierres ;

- par la transmission de leur tradition artisanale dont on retrouve des éléments découpés dans les grandes feuilles d’arbre en aluminium ;

- par l’empreinte de mains des enfants et leur prénom gravés sur les pierres ;

Les souhaits 
Je remercie Christiane Côté, qui offre les cours de français, qui m’a reçu à plusieurs reprises. Ces élèves et les visiteurs de la Maison Théâtre (que je remercie aussi) ont contribué à l’écriture de souhaits dont une sélection est à jamais gravée dessinant un parcours sinueux sur les neufs pierres que l’on retrouve dans le parc - Souhaits offerts aux générations futures.

La transmission des traditions artisanales 
Pour connaitre les traditions artisanales, j’ai invité les étudiants de la classe de francisation à apporter des objets de leur pays : Cambodge, Bangladesh, Vietnam, Chine, Japon, Ukraine, Russie, Rwanda… Julie; Fatima; Lihua Wang ; Mei ; Jonathan ; Naomi ; Luba; Tatiana ; Anna; Ce sont ces objets qu’ils ont apportés qui ont inspirés chacun des motifs que vous retrouvez dans les découpes des larges feuilles en aluminium. Ces feuilles qui témoignent aujourd’hui de la beauté du Boisé, de ces arbres et de la richesse de la multi ethnicité des HJM.

Ce fût un moment magique. J’étais bien fière de ne pas instrumentaliser les gens dans la réalisation du projet mais, bien leur permettre d’exprimer ce qu’ils sont. Ils étaient heureux de partager leur tradition et je leur en suis fort reconnaissante.  Ce fût un moment inoubliable, merveilleux… à laquelle assistait Isabelle Riendeau, du bureau d’art public. J’en profite aussi pour la remercier de son soutien et sa précieuse collaboration à toutes les étapes du projet (à peu près un courriel par jour durant deux ans).

La gravure des mains 
Je voulais aussi que les enfants aient leur place dans cette œuvre, qu’elle leur procure un sentiment d’appartenance. Je remercie à cet effet la Halte Garderie ; la CPE macadam ; les directions des écoles qui m’ont facilité l’accès aux listes et aux classes des enfants. Quelques 200 mains et prénoms d’enfants de deux mois à 18 ans se retrouvent gravées à jamais sur les pierres parmi les souhaits qui leur sont offerts.

Je remercie tous ceux qui ont collaboré au projet ainsi que ceux qui ont contribué à la matérialité de l’œuvre : Amélie Bélanger et Gabrielle Carrère Legault qui m’ont assisté dans la collecte des mains ; Jonathan Daigle de Méto concept pour le travail de l’aluminium; Les graveurs de pierre - Stéphane Ménard, Michel bédard et monsieur Gilles Brunet ;  Lumi-Vert qui ont fait l’aménagement du parc sous la direction de Éric Blouin ; l’arrondissement Ville-Marie; mes amours Alexis, Maxime et François Giard toujours là près de moi.

En guise de conclusion, je vous laisse sur ces mots 

Inscrire sa main sur la pierre, c’est donné de l’espoir. C’est un signe inscrit dans le temps, dans l’histoire.  C’est aussi un signe évolutif. Cette main change et grandit. Les enfants et un jour leurs enfants et petits-enfants vont revenir ici comme un rituel. Ils poseront de nouveau leur main sur la pierre. - C’est moi, c’est nous, c’est ma fille, c’est mon frère, c’est ma mère. L’expérience sera ainsi renouvelée de générations en générations.  Certains passants vont s’attarder à toucher les mains, à centrer la leur sur l’une ou l’autre. Le Boisé sera animé par ce jeu de va-et-vient, ce retour à soi, aux siens.

L’Étreinte ne fait pas ombrage à la nature environnante, au contraire, elle apparaît sous différents angles à travers ces nombreux interstices comme autant de petites fenêtres sur le paysage naturel et humain.  L’Étreinte invite à vivre une expérience du Boisé, une expérience vers soi et l’autre, une étreinte amoureuse de la vie. 

Voilà, merci mes amis d’être ici, merci à chacun de vous!





















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